Le dirigeant de la Coordination rurale (CR), Bertrand Venteau, arrive au tribunal d'Auch (Gers) le 3 septembre 2026 ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
Le président de la Coordination rurale (CR) Bertrand Venteau, jugé pour avoir dit qu'il fallait "faire la peau" des écologistes, s'est défendu jeudi devant le tribunal correctionnel d'Auch, arguant qu'il s'agissait d'un propos "purement politique", prononcé dans un cadre privé.
Lors du congrès de la CR le 19 novembre 2025, qui l'a porté à la tête du deuxième syndicat agricole de France, Bertrand Venteau avait déclaré sous les applaudissements: "les écolos, la décroissance veulent nous crever, nous devons leur faire la peau".
Poursuivi par des organisations écologistes France Nature Environnement et Génération Future qui se sont portées parties civiles, le dirigeant syndical est jugé pour "provocation publique et directe non suivie d'effet, à commettre un crime ou un délit".
Le président du tribunal s'est étonné du "caractère privé" des propos du syndicaliste alors que la déclaration a été rapportée par la presse présente au congrès.
Le dirigeant de la Coordination rurale (CR), Bertrand Venteau, manifeste devant le tribunal d'Auch (Gers) le 3 septembre 2026 ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
Une vidéo filmée par des journalistes a ainsi été diffusée à l'audience, tandis que Bertrand Venteau a affirmé n'avoir pas vu de caméra ce jour-là.
Il a affirmé que son appel "à faire la peau aux écologistes" relevait du "débat d'idées".
Au cours d'une audience qui a duré deux heures et demi, le procureur a dénoncé quant à lui "un discours de haine".
"C'est se moquer du monde ! Il savait très bien qu'il serait filmé et que ce serait diffusé", a réfuté le procureur.
Celui-ci a requis une peine d'amende de 30.000 euros assortie du sursis. "Il faut qu'il comprenne qu'on ne peut pas dire n'importe quoi", a-t-il lancé.
Climat d'intimidation
Les associations écologistes ont dénoncé pour leur part "un climat d'intimidation", "la détérioration de la possibilité de pouvoir échanger" avec le syndicat agricole.
Avant d'en être empêchée par le président du tribunal, l'avocate de la défense a tenté d'affirmer que son client avait fait l'objet de "deux poids, deux mesures (...) dans la rapidité du traitement des dossiers" alors que c'est au parquet d'Auch qu'est revenue l'affaire Lyhanna, traitée avec lenteur.
Elle a demandé la relaxe plaidant que les propos contre les écologistes relevaient d'une "métaphore".
A l'extérieur du tribunal, ballots de paille et quelques tracteurs à l'appui, plus de deux cents membres de la Coordination rurale s'étaient mobilisés, encadrés par une compagnie de CRS.
Arborant leurs "casquettes jaunes", le couvre-chef caractéristique du syndicat agricole, ils ont donné de la voix dans une atmosphère d'abord bon enfant pour soutenir leur dirigeant.
Avant de pénétrer dans le tribunal, le responsable syndical a usé de son langage fleuri pour haranguer la foule au micro sur la remorque-plateau habillée d'affiches sur le thème "Pour sauver un paysan, mangez un vegan": il a accusé le ministre de l'intérieur Laurent Nunez de "conneries" et le gouvernement de manquer "de couilles".
Parmi ses soutiens, José Perez, président de la CR du Lot-et-Garonne a dénoncé les poursuites judiciaires "pour des raisons ridicules" et une "écologie punitive qui tue l'agriculture française". "Si on les laisse faire, il nous restera des friches, des roses et des sangliers", a-t-il affirmé.
A mots à peine couverts, le tribunal d'Auch, dont les services ont été mis en cause dans la lenteur du traitement de l'affaire Lyhanna, était souvent mis à l'index: "les tribunaux ont autre chose à faire, particulièrement celui-ci !", a lancé au micro la présidente de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne Karine Duc.
L'ambiance s'est ensuite détériorée lorsqu'une quinzaine d'écologistes et membres de la Confédération paysanne ont fait leur entrée dans le tribunal sous des huées, des jets d'oeufs et de pétards.
"Personne ne doit se présenter à un tribunal sous les sifflets et les quolibets. Ce n'est pas digne d'un combat politique et syndical !", a tonné le président du tribunal.
A la sortie de l'audience, les plaignants, écologistes et membres de la Confédération paysage, ont de nouveau essuyé des lâchers d'oeufs pourris.
La décision du Tribunal a été mise en délibéré au 15 octobre.

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